La rivière est trop dépendante de l’énergie.

 

Cette dépendance a d'abord été celle des moulins avec l'énergie mécanique, puis électrique avec les centrales hydroélectriques et les centrales nucléaires actuelles dont le réacteur est refroidi par la rivière. C'est ce besoin insatiable en énergie bon marché qui a conduit à morceler les rivières françaises avec les barrages au fil de l'eau, particulièrement dans les alpes. Morceler à tel point que le touriste nautique ainsi que le pécheur peuvent à juste titre s'émouvoir des quelques projets de barrages aux fins de production électrique qui restent - quoi qu'on en dise- en suspens, voire même qui sont encore en construction. L’exemple le plus triste est bien celui du Rizzanese. Alors que les rivières corse encore merveilleusement claires, propres et presque libres constituent un magnifique patrimoine et une terre d'accueil pour le canoë kayak, le barrage sur le Rizzanese,  surnommé par Georges Mattei et tous ceux qui aime la rivière « le barrage de la honte », est en chantier et sera probablement achevé fin 2009. Ce barrage est ressenti comme une véritable agression par les pratiquants du Canoë-Kayak. Que diraient nos amis alpinistes si l’on installait une éolienne au sommet du Mont Blanc ? Haut lieu du canoë kayak au même titre que le très haut Tarn, cette rivière représente un aboutissement pour les kayakistes de haut niveau français et aussi pour nos amis allemands qui viennent régulièrement sur le site. La déception a certainement été très grande pour les amis de la rivière qui ont dépensé toutes leur force afin de stopper ce projet. Dans l'intérêt même du tourisme nautique en Corse, et donc des corses eux-mêmes, il semble légitime que leurs efforts ne restent pas inutiles et soient enfin récompensés, même si cela est à posteriori.

Le livre signé il y a plus de dix ans par l'ADRE " Barrage sur le Rizzanese, un projet aberrant ", la bataille juridique sans précédent engagée par la FFCK sur plusieurs décennies pour combattre ce projet stérile qui porte une atteinte à notre sport, la revue du monde «  Un barrage contre le Rizzanese » de juillet 2008 ainsi que le récent livre de Georges Mattéi ne doivent pas rester inutiles.

 

 

 

Note de l'auteur du site
 

Ce sont les rivières corses qui m'ont servis de terrain d'entraînement quelques mois avant les premiers championnats du Monde de rivière sportive sur la Vézère en 1960.

Elles étaient d'ailleurs à l'époque inviolées et j'ai eu le privilège de découvrir, avec mon équipier de l'époque Michel Garnier et le célèbre équipage Paré-Bracquemond maintenant disparu, ce magnifique paradis de l'eau vive  C'est mon ami Michel Salvadori, mémoire vivante du canoë-kayak en France, qui jouait à l'époque le rôle de cinéaste et nous avions fait salle pleine à Pleyel. En pensant à ce qu'il est en train d'advenir à la plus belle d'entre elle, je me sens très triste, autant pour les corses eux même que pour le petit  Monde du canoë-kayak

J'ose espérer que ce n'est pas cette politique de rachat du kWh électrique "vert" à des prix attractifs qui a conduit une minorité corse plus ou moins mafieuse à faire adapter ce projet pour des raisons financières, quitte à dévaloriser ce magnifique patrimoine nautique. Dans un esprit d'apaisement, je me refuse à faire de l'amalgame avec le crime horrible commit sur Martin en juillet 2009 dans une boite de nuit à l'embouchure du Rizzanese à Olmeto-Plage . Il y a peut-être quelques mafieux corse qui touchent sur chaque sac de ciment servant à la construction du barrage, puis qui toucheront sur chaque kWh vendu à l'EDF, mais je suis plutôt enclin à penser que c'est  une politique énergétique française mal conduite qui "nous" à injustement donné tort. Quand je dis "nous", je pense vous l'avez deviné au petit monde du canoë-kayak. Les élus corses, aidés en cela par le souvenir du naufrage de la Sémillante ont à juste titre estimés que les bouches de Bonifacio n'étaient pas l'endroit idéal pour le passage des pétroliers.

A ce titre on ne peut reprocher d'avoir cherché à mieux appréhender l'approvisionnement en énergie de leur île. Ce dont ils s'apercevront sur le long terme c'est qu'il y a, pour y parvenir, des « méthodes douces » qui permettent de préserver leur paradis de l'eau vive ainsi que l’écosystème constitué par leurs rivières sans les noyer.

Le problème énergétique des îles, particulièrement la Réunion, la Martinique ou la Guadeloupe, est plus complexe. Il n'est pas raisonnable d'espérer leur interconnexion avec le continent.

Les 800 000 habitants peuplant une ile montagneuse comme la Réunion pourraient par contre probablement subsister en autarcie énergétique en utilisant des techniques comparables à celles utilisées sur l'ile "dans le vent" d'El Hierro dans les Canaries. Il est en effet maintenant possible de faire faire fonctionner les éoliennes en zone cyclonique et les dénivellations importantes de l’ile qui culmine à plus de 3000 mètres avec des bassins hydrologiques bien alimentés rendent probablement possible l’implantation de STEP.

Voilà de nombreuses années que notre site l'explique qu'il faudrait que l'on reconsidère la distribution de l’énergie en Corse et cette notion de double monopole réparti entre les produits pétroliers et l'électricité nucléaire. La part de cette énergie électrique nucléaire est acheminée en corse par la liaison EDF Italie-Sardaigne probablement d'une puissance insuffisante pour fournir le besoin1).

Dommage que la montée en puissance de cette liaison électrique n'est pas encore été réalisée puisqu'elle permettrait de préserver le patrimoine et le tourisme nautique en Corse tout en n'affectant que très peu notre couche d’ozone. On peut même dire de mieux la préserver que ne pourrait faire le projet de gazoduc algérien entre l’Algérie à l’Italie via la Sardaigne et qui ne va pas passer très loin de la Corse. A tout prendre, cette dernière solution serait malgré tout un moindre mal si cela devait conduire au remplacement des centrales diesel particulièrement polluantes qui produisent actuellement la plus grande part de l’électricité en Corse à un coût de production extrêmement élevé (entre 91 et 140 c€/kWh). Ceci sans parler des quelques turbines à fuel domestique qui assurent semble-t-il le complément à un prix encore plus élevé. .

 

Des confrontations et des litiges d'une extrême gravité risquent de se produire si l'on ne programme pas différemment et globalement sur le long terme la politique d'approvisionnement en énergie électrique vers la Corse. La prévision de production annuelle de l'ordre de 80 GWh du barrage de 1,3 Mm3 sur le Rizzanese et sa turbine de 50 MW est bien  faible  par rapport aux besoins actuels et va devenir à coup sûr rapidement négligeable par rapport aux besoins futurs en Corse. Au moment où la politique énergétique est au centre de tous les débats et qu'il est difficile aujourd’hui de préjuger de l’avenir, il est essentiel qu'un comité d'évaluation s'implique rapidement au sujet des barrages au fil de l’eau en prévision dans l'île. Leurs puissances sont assurément ridicules par rapport aux besoins et surtout par rapport aux dommages que ceux-ci causent à l'écosystème constitué par la rivière, la pêche et le tourisme nautique en Corse. Espérons au moins pour nos arrières petits-enfants que la remise en état de la nature à l’identique à l’expiration de la concession de 74 ans accordé aux promoteurs du barrage sur le Rizzanese a été négociée. Sinon, va-t-on au contraire vidanger la réserve supérieure pour éviter à Propriano la même catastrophe que celle vécue à Malpasset en laissant ensuite le béton pourrir lentement sur place quitte à ravager cette vallée sublime pendant des millénaires.

 

Pour l'avenir  du "Canoë-Kayak au fil de l'eau" 

l'amicale des internationaux français de canoë-kayak  (AIFCK)


 a décidé de s'impliquer dans la préservation du patrimoine nautique français.

Il est temps de réaliser qu'une rivière avec un grand barrage est une rivière morte. Même l'EDF l'admet  en se portant pourtant complice de cette réalisation.

En attendant, les travaux continuent, détruisant la nature et la biodiversité de façon irresponsable. Il faut résoudre sur le fond le très réel problème énergétique corse.

Les mains liées, la fédération française de canoë-kayak (FFCK) se considère impuissante puisque sponsorisée par le pire partenaire qui puisse être dans cette affaire, celui même qui produit 90% de l'énergie "verte" du pays.

 

Il reste environ une douzaine de km de descente sportive en aval de la restitution (voir la carte ci-dessus) auquel s'ajoute semble-t-il 11 km de parcours facile.

S'il est trop tard pour stopper la construction du barrage, il n'est pas trop tard d'espérer que la FFCK entreprenne une action préventive auprès de l'exploitant afin de faciliter la descente de la partie basse par l'annonce de lâchers permettant de pratiquer hors période de fonte mais il faut savoir que la gestion de l'électricité ne dépend pas de l'EDF.

Porte parole de l'AIFCK en ce qui concerne la défense du patrimoine de l'eau vive, les 4 clubs locaux de faire ont intérêts à faire le point des aménagements locaux qu'il est nécessaire de réaliser pour rendre accessible la portion en aval de la restitution en permettant la descente au moins du pont de la D69 jusqu'au pont pont de Rena Bianca et peut-être jusqu'à la mer 3 km plus loin .

Ces 4 petits clubs locaux corses sont affiliés à la FFCK . Ce sont Cors'Kayak en haute Corse avec 23 licenciés, le C.N Bastia avec 17 licenciés, Ile Rousse avec 17 licenciés et le petit club d'Errances en Corse du Sud, le plus petit se trouvant je crois à l'embouchure du Rizzanese. Il peuvent avoir une action fédératrice pour l'avenir touristique de la Corse. La réserve supérieure de ce barrage collinaire ne pourrait-elle être utilisée pour créer une attraction canoë-kayak en saison estivale. J'ai déjà 74 ans mais je serais tellement heureux de descendre une dernière fois le parcours du bas Rizzanese avec mes amis corse.

 

Les objectifs environnementaux européens

 

La France, en accord avec une directive européenne, a pour objectif de doubler la part des énergies renouvelables dans sa production d'électricité à l’horizon 2010, soit de porter ce pourcentage à 20% en lieu et place des quelques 10% actuels. Il devient indispensable et urgent d’arrêter de penser uniquement en terme d’hydroélectricité ou d'éolien pour augmenter la part des énergies renouvelables. Le livre « La rivière et l’énergie » en apporte la preuve.

 

1) Un avantage de la filière hydroélectrique est la non émission de gaz à effet de serre. L'électricité d’origine nucléaire est, elle aussi, très peu polluante également (4g de CO2 par kWh selon le célèbre institut suisse Paul Scherrer). L’Allemagne, par nature opposée au nucléaire, a pris la décision de revenir à cette filière au détriment du charbon pour produire son électricité afin de ne pas affecter les objectifs européens de réduction de gaz à effet de serre.

On peut aussi signaler qu'en matière d'énergie solaire, un consortium privé allemand et l'Algérie ont signé  en 2008 un projet de coopération novateur consistant à relier la ville algérienne d'Adrar et la ville allemande d'Aix la Chapelle par un câble électrique supraconducteur de 3000 km baptisé "clean power from desert" . 

Le Sahara est une prodigieuse réserve d'énergie solaire. Plutôt que d'utiliser la filière voltaïque au rendement modeste, le traitement de l'énergie solaire thermique pour conversion en électrique est envisageable vu le niveau de température important pouvant être atteint. On voit donc que pour les antinucléaires, il y a aussi la solution originale qui consisterait à prendre exemple sur nos voisins allemands. Ajjacio est après tout plus proche de l’Algérie qu’Aix la Chapelle et d’une taille comparable. On ne voit pas pourquoi ce qui est fait par l’Allemagne avec le voltaïque saharien ne pourrait être réalisé par la France qui se propose d’être le leader des énergies renouvelable

 

La littérature sur ce sujet brûlant

 

                      Article extrait de Canoë-kayak magazine  CKM

 

Le barrage sur le Rizzanese sera construit. Nous n'avons pas été assez nombreux à nous y opposer, pas assez forts à moins que les dés ne fussent pipés dès le départ. Reste que « Le barrage de la honte », comme le nomme Mattei, est en chantier. Ce livre, qui suit de dix ans celui signé par l'ADRE " Barrage sur le Rizzanese, un projet aberrant ", est le constat, forcément amer, d'une lutte de plusieurs décennies qui, pour l'instant, se solde par un échec. Mais Georges Mattei ne s'avoue pas vaincu. Il sait que si la politique immédiate lui donne tort, l'histoire lui donnera raison : ce barrage est un non-sens. Il prend les derniers arguments développés pour emporter la décision et, avec toujours autant d'acharnement, les contre à nouveau. Economiquement, énergétiquement, écologiquement, socialement, les données ont été surévaluées ou dissimulées pour mieux servir l'intérêt du barrage. A se plonger dedans on a le sentiment d'un profond gâchis à venir: celui d'une vallée, et plus largement d'une région, qui ne trouvera pas son compte dans le profit attendu et qui, pire encore, aura gaspillé irrémédiablement l'atout majeur d'une vallée sublime. L'espoir serait que cette longue lutte serve de leçon. Qu'elle permette d'appréhender différemment, dans une vraie globalité de long terme, d'autres projets qui, la mode du renouvelable "vert" aidant, ne manqueront pas de voir le jour.

 

                                            De nombreux livres et revues ont été édité sur ce sujet:

 

 

 

Ainsi que ce dernier livre « Le barrage de la honte » Georges Mattei  Ed. L'Harmattan, 2008 128 pages ; 12,00 euros  Qui vient de paraître

 

        Et quelques bien tristes images pour ceux qui aiment la Corse et ses magnifiques rivières

 

              

Une des nombreuses et magnifiques chutes du haut Rizzanese
Ainsi que les images ci-dessous qui se passent de commentaire

Le bassin supérieur sera-t-il au moins accessible pour la baignade et le tourisme nautique?

 

La retenue du barrage